
La Diagonale des Fous, cette traversée de 165 kilomètres à travers les montagnes de La Réunion, a encore tenu toutes ses promesses. Entre chaleur tropicale, sentiers boueux et nuits sans sommeil, les héros de l’ultra-trail se sont affrontés sur l’un des parcours les plus exigeants du monde. Au bout de l’effort, deux noms ont brillé dans la nuit réunionnaise : Baptiste Chassagne et Blandine L’Hirondel. Deux victoires symboles de maîtrise, de courage et de passion pour la montagne.
Chassagne et L’Hirondel, irrésistibles
Chez les hommes, Baptiste Chassagne a frappé fort pour sa première participation à la Diagonale des Fous. Dès les premiers kilomètres, il s’est installé en tête, épaulé un temps par Yannick Noël. Mais dans la montée du Taïbit, puis sur la redescente vers Marla, le coureur de l’UTMB 2024 a fait parler sa puissance et sa régularité. À Marla, il comptait déjà une dizaine de minutes d’avance — un écart qui n’a cessé de croître jusqu’à l’arrivée. Seul en tête sur les derniers kilomètres, Chassagne s’impose à La Redoute en 23 h 31 min 54 s, concluant une première réunionnaise tout simplement magistrale.
Derrière lui, Yannick Noël n’a jamais renoncé, mais il doit se contenter d’une très belle deuxième place, 55 minutes plus tard, en 24 h 27 min 33 s. Le podium est complété par Aurélien Dunand-Pallaz, solide et patient, qui a profité des difficultés d’Alexis Sévennec dans Mafate pour remonter à la troisième place. Fidèle à son style, Ludovic Pommeret a encore démontré sa science de la gestion de course : huitième à Cilaos, il termine finalement quatrième, au prix d’une remontée impressionnante.
Côté féminin, Blandine L’Hirondel a livré une démonstration de maîtrise. Jamais inquiétée, toujours régulière, elle a imprimé son rythme dès les premières pentes pour ne plus jamais regarder derrière. Impressionnante de constance, la championne du monde 2023 s’impose en 27 h 26 min 09 s, avec une 8ᵉ place au scratch — un chiffre qui en dit long sur sa performance. Manon Campano et Anne Champagne complètent le podium, à plus de cinq heures de la lauréate, tandis que Sarah Vieuille décroche une belle quatrième place.
Fabrice Payet fait briller La Réunion

Le ti coq péï a lui aussi été phénoménal sur cette édition 2025. À son arrivée au stade de La Redoute, la ferveur du public explose. Avant même de franchir la grille, les gradins scandent déjà son nom :
« Payet ! Payet ! Payet ! »
Sous les applaudissements nourris, Fabrice Payet devient le premier coureur réunionnais à boucler cette Diagonale des Fous 2025. Le marmaille de l’Est réalise un véritable exploit en décrochant une magnifique sixième place, après 25 h 42 min 41 s d’effort à travers les sentiers de son île.
« L’idée, c’était d’aller jouer un peu les premiers rôles. Tout le temps, nous lé derrière et jamais nous lé dans le top 10 ! » confie-t-il, encore ému à l’arrivée. Mission accomplie.
« La performance est là, l’entraînement a payé, nou lé kapab aussi nou ! », lance-t-il fièrement, avant de conclure avec un sourire :
« L’année prochaine, nous va essayer de faire mieux ! »
Mafate, impardonnable avec les élites

Comme souvent, c’est dans le cirque de Mafate que la Diagonale des Fous a fait sa sélection. Ce cirque sauvage, sans route et sans échappatoire, aura une nouvelle fois rappelé pourquoi la course porte si bien son nom. Nombre de favoris y ont vu leurs rêves s’envoler, contraints de sortir par le sentier de la Brèche avant de rendre leur dossard.
Alexis Sévennec, pourtant troisième à l’entrée de Mafate, a subi de plein fouet les lois du cirque : incapable de s’alimenter, il est contraint à l’abandon au poste du Maïdo Tête Dure. Même sort pour Arthur Joyeux-Bouillon, victime de troubles visuels dès le début de course. Malgré tout, il choisit de s’engager dans Mafate, en connaissant les risques. La décision médicale mettra fin à son aventure, elle aussi au Maïdo.
Chez les femmes, la Canadienne Marianne Hogan a été stoppée par une douleur à la jambe dans les pentes du Maïdo, tandis que Émilie Maroteaux a préféré renoncer avant d’emprunter le sentier Scout, minée par des problèmes gastriques.
Encore une Diagonale des Fous qui aura tenu toutes ses promesses : du courage, des drames, de la beauté et des émotions à chaque sentier.
On a déjà hâte d’être à l’année prochaine.

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